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bazarsetplaisirs-de-colombine.over-blog.com

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dentelle aux fuseaux - lectures - fleurs et paysages, et autres bricolages manuels et intellectuels !

Lecture : L'Ombre des nuits de Gaëlle Josse

C’est une histoire double dont l’une répond à l’autre (la relation n’est pas réciproque.).

C’est d’abord une plongée dans l’univers imaginé du peintre lorrain de la première moitié du XVIIème siècle, Georges de La Tour. A partir du peu que l’on sait de ce peintre oublié quasi dès sa mort et qui n’a été retrouvé dans la mémoire historique et artistique française qu’au XXème siècle (il a fallu lui ré-attribuer ses tableaux dont la paternité avait été donnée à d’autres !), l’auteur a créé un univers mental et familial. On sait qu’il vivait dans la Lorraine en guerre (guerre de Trente Ans, contre la France), qu’enfant d’un boulanger, il avait pu épouser une fille de petite noblesse, qu’il a été nommé « peintre ordinaire du roi », et bien sûr, on connaît maintenant bien ses tableaux ! Le climat évoqué dans la demeure du peintre n’est pas sans rappeler celui des Heures silencieuses. Il est vrai qu’on est là aussi au XVIIème, et que même si l’art d’Emanuel de Witte est difficilement comparable à celui de Georges de La Tour, ce qui a apparemment touché l’auteur entre le tableau d’intérieur qu’elle a mis en exergue pour Les Heures silencieuses et les tableaux d'intérieur de de La Tour, ce sont les couleurs similaires (ocres, rouges, bruns, noirs), des personnages principaux figés, une sorte d’abandon au quotidien. A cela, elle relie les tourments intérieurs de ses personnages. Ici, deux voix s’entremêlent dans le récit principal, celle du peintre et celle d’un adolescent, victime des exactions de la guerre et recueilli comme apprenti dans l’atelier du peintre. Elles se répondent pour nous, mais s’ignorent entre elles.

C’est aussi l’histoire d’une femme d’aujourd’hui qui admire dans un musée (D’ailleurs, l’auteur n’a pas choisi le tableau qui se trouve au Louvre, mais celui qui est au Texas (et qui est peut-être une copie d’un tableau perdu.) le tableau que l’on voit se créer dans l'autre partie du roman, à travers les mots des deux hommes : Saint Sébastien à la lanterne (soigné par Irène). Ce tableau est pour elle (dont on ignore le prénom, comme on ne saura pas grand chose du drame de l'homme qu'elle a aimé.) le symbole d’une histoire d’amour difficile qu’elle a vécue des années auparavant. Face au passé où l'on sait finalement beaucoup de choses (le passé, le présent et même pour l'apprenti un projet pour l'avenir.) des personnages, lesquels sont nommés.), on a affaire à un présent qui n'est que filigrane.

Et toujours l'écriture de Gaëlle Josse, ce style mesuré, ces rythmes ternaires, ces mots comme suspendus, ces incises ; rien de lourd, au contraire, une légèreté comme lente, comme en attente du temps qui va.

Certes, s’il n’y avait eu que le récit à deux voix venues du XVIIème, peut-être ce roman ressemblerait-il trop aux Heures silencieuses, toutefois je trouve le lien entre les deux parties, entre le passé et le présent, très ténu, et peut-être un peu artificiel. L’histoire actuelle m’a bien moins intéressée et touchée que celle qui advient dans la Lorraine en guerre dans la maison du peintre.

Toutefois, cela ne m’a pas gâché le plaisir de lire une nouvelle fois Gaëlle Josse, après Les heures silencieuses, Les noces de neige, Le dernier gardien d’Ellis Island.

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